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museums.ch

09/2014

par l’expansion rapide des collections

(Germann

et al.

1994, pp. 383–386). Le

dépôt et la mise en réserves, hors des

espaces d’exposition, de parties d’une

collection sont donc introduits pour des

raisons utilitaires. Les années qui suivent

voient le déclenchement d’un débat pas-

sionné sur les fondements théoriques de

cette nouvelle pratique.

La démocratisation

des musées

L’histoire des musées reflète l’évo-

lution sociologique de leurs visiteurs.

Ils ont longtemps été des lieux réservés

à quelques privilégiés. Cette situation

change au cours du xix

e

 siècle, à mesure

qu’ils s’ouvrent à un plus large public.

A la saturation des collections exposées

qui, malgré les dépôts provisoires, em-

pêche d’orienter le néophyte s’oppose

diamétralement l’aspiration à davantage

de didactique, de transmission du savoir

et d’ouverture aux visiteurs. De plus en

plus de professionnels des musées aban-

donnent dès lors l’utopie de l’exhaus-

tivité : en définitive, moins ne serait-il

pas synonyme de plus ? L’idée d’une

division en collections d’exposition,

d’étude et de réserves se fait jour. Cette

compartimentation est vivement cri-

tiquée. Ne revient-elle pas, par le jeu de

la sélection institutionnelle, à dissimuler

volontairement au public des parties de

la collection ? Aujourd’hui, il n’y a plus

matière à discussion, car le pouvoir d’in-

terprétation et de sélection de l’institu-

tion muséale est communément admis.

Dans ces débats passionnés sur la di-

vision des collections, un rôle pionnier

revient aux musées d’histoire naturelle.

En 1860, Louis Agassiz, fondateur de

l’Agassiz Museum à la Harvard Universi-

ty de Cambridge (Massachusetts), entre-

prend de scinder les collections zoologi-

ques selon des principes didactiques. En

1862, John Edward Gray, directeur du

Natural History Museum de Londres,

plaide en faveur de leur nécessaire

division. Dans ses

Essays on Museums

and other subjects connected with Natural

History

(1898), son successeur, William

Henry Flower, propose un schéma idéal

de répartition de l’espace entre pièces

exposées et mises en réserves sur la base

d’un rapport de 1 à 1 (MacGregor 2007,

pp. 260–263). Dans les pays d’expression

germanique, le débat vit un moment

crucial à la faveur du congrès « Museen

als Volksbildungsstätten » (Les musées,

lieux d’éducation du peuple), réuni à

Mannheim en 1903 sous l’égide de la

Zentralstelle für Arbeiter-Wohlfahrtsein-

richtungen (Centrale pour le bien-être

des travailleurs). La question des réser-

ves est à chaque fois rediscutée en fonc-

tion d’une conception changeante du

public et des objectifs éducatifs. Ce sont

avant tout les musées d’art qui accueil-

lent alors avec scepticisme le modèle de

la séparation des collections. On craint

que le choix des œuvres opéré par les

conservateurs ne conduise à une « mise

sous tutelle » inadmissible du jugement

des visiteurs. A cette époque, l’histoire

de l’art est encore une jeune discipline

aux procédés d’évaluation peu assurés,

du moins sur le plan méthodologique et

académique, surtout si on les compare à

ceux des sciences naturelles. Toutefois,

au début du xx

e

 siècle, les musées sont

toujours plus nombreux à se convertir

à la scission entre espace d’exposition

et réserves, et à prévoir l’installation

de ces dernières soit dans les bâtiments

existants, soit dans de nouveaux locaux.

Parmi les exemples précoces de cette

évolution, citons le Rijksmuseum van

Natuurlijke Historie de Leyde (1905), le

Zoologisches Museum de l’Université de

Breslau (Wrocław) (1905), le Märkisches

Museum (1909) et le Kaiser-Friedrich-

Museum de Berlin (1905) ainsi que l’ex-

tension de l’Österreichisches Museum

für Kunst und Industrie de Vienne (1909).

Jusqu’à la fin du xix

e

 siècle, les

armoires en bois font partie de l’équipe-

ment traditionnel des musées. Mais, ulté-

rieurement, en raison de sa résistance au

feu et aux parasites, le métal devient le

matériau de prédilection du mobilier de

stockage. Vers 1900, une autre nouveauté